Interview de François-Joseph Ruggiu

Directeur adjoint scientifique au CNRS et responsable du GPRO Etudes aréales, François-Joseph Ruggiu revient sur la création du GPRO Etudes aréales

L’Alliance ATHENA va mettre en place un Groupe Prospectif de réflexion axé sur les études aréales. Cette entité aura pour
mission de mener une réflexion sur l’organisation de ces études au sein des partenaires de l’ESR. Son pilotage vous a été confié ; dans quelle dynamique ce GPRO s’articule-t-il ?

Ce GPRO est en cours de fondation, la liste de ses membres n’a pas encore été arrêtée. Sa création constituera une étape importante dans le processus de concertation.

S’il existe de grandes aires de compétences dans chaque établissement concerné, aucun lieu de discussion n’a été mis en place à l’échelle nationale. Les GIS remplissent partiellement ce rôle, mais la question de l’enseignement et de la recherche dans les études aréales mérite une prise en charge à un niveau plus élevé. La création de ce GPRO, le rassemblement des GIS : tout cela participe à une dynamique d’innovation.

La journée du 24 novembre avait pour objectif de définir la base d’une stratégie nationale en faveur des études aréales. N’existe-t-elle pas déjà tacitement ?

La plupart des universités et grandes écoles françaises partagent et cultivent une forte dimension d’études aréales.

Cela provient d’un héritage ancien, d’une base solide qui a été constituée durant les années 60 et 70. Pour autant nous pouvons constater une relative inégalité dans la répartition des forces de recherche.

L’éventail des politiques d’établissement étant très large, il est désormais essentiel que nous nous dirigions vers une vision plus globale des mouvements qu’il génère. Le format du livre blanc permet d’ailleurs cela, en indiquant dans quels établissements et sur quelles thématiques sont réparties ces forces. Et d’en tirer les conclusions.

Que cela signifie-t-il concrètement ?

Dans un système où le nombre de postes est constant, les marges de manoeuvre sont faibles. De ce fait, il s’agit d’accepter l’idée que les dispositifs mais aussi les chercheurs et enseignants chercheurs, se déplacent vers des disciplines où la main d’oeuvre est attendue.

Je pense notamment aux postes consacrés à l’Asie et au Maghreb, qui ont beaucoup à apporter aux étudiants et à la société. De la même façon, il est nécessaire que les questions des accès aux terrains, aux sources et à la documentation soient traitées.

Si la réussite de cette journée tient à la clarté des décisions formulées par les GIS, de quoi dépend leur application ? Il faut que le ministère et les établissements entendent ces recommandations et fassent le choix d’en discuter collectivement. Il est nécessaire que l’ensemble de l’ESR aille dans le même sens car si nous restons fixés sur nos propres forces, nous perdrons notre énergie.

Le maître mot, c’est l’harmonisation ; nous devons nous concerter dans le respect des politiques d’établissement. Et c’est à l’Alliance ATHENA de mener ces opérations, en lien avec la CPU, qui est un acteur fondamental.

Le programme de la Journée des GIS présentait les livres blancs comme une impulsion pour l’ensemble des études aréales ; quels sont ses autres moteurs ?

D’une part, la pluridisciplinarité. Les études aréales permettent d’associer des personnes issues de disciplines très différentes et ainsi, de mobiliser des méthodologies complémentaires.

D’autre part, leur capacité de faire des recherches de première main. Car la maîtrise des outils linguistiques offre aux chercheurs une prise directe avec la documentation et les sources qu’ils exploitent. Il s’agit là d’un mode d’organisation ancien, qui conserve toute sa pertinence à l’heure de la troisième mondialisation que nous vivons.

Certains domaines peinent à recruter des spécialistes en études aréales. La pluridisciplinarité dont vous parlez en pâtit-elle ?

Le système français est très compartimenté ; les divisions disciplinaires y sont très nettes. De plus, les masters et doctorats disciplinaires n’incitent pas au développement d’études sur d’autres aires que celles de la France et l’Europe.

Il existe des formations dédiées dans lieux tels que l’EHESS ou même certaines universités françaises, mais cela reste rare.

Voilà pourquoi nous observons que les études aréales sont peu sollicitées et donc peu puissantes dans les secteurs de l’économie ou du droit. Rares sont les économistes français qui se qualifient de spécialistes de l’économie asiatique par exemple. Pour autant, rien n’entrave l’association de différents experts et ainsi de différents domaines de recherche sur un même projet.

François-Joseph Ruggiu
Propos recueillis par Julia Bouljroufi

 

 

Date de mise à jour : 15/02/2017